Descriptifs des personnages et ethnies peuplant et animant le Festival Sunu Thiossane à Thiaroye-sur-Mer au Sénégal et leurs traditions selon les interviews de Ndongo Beye avril 2020

Les Lebous

Ils sont concentrés dans la presqu’île du Cap-Vert (Dakar), côte Atlantique du Sénégal.
Ils étaient là avant les premiers colons et parlaient le Wolof. Ils ont été les transmetteurs de cette langue qui est toujours parlée et très peu écrite.
Ils avaient deux façons économiques pour vivre : traditionnellement ils étaient pêcheurs mais aussi agriculteurs, , ils possédaient toutes les terres de Dakar. Majoritairement musulmans ils ont gardé leurs coutumes et pratiques de leurs religions traditionnelles.
Anciennement dans cette ethnie, s’ils voyaient quelqu’un seul qui venait d’arriver dans leur ville, ils l’aidaient et l’accueillaient chez eux, lui offraient une douche et des habits. Ils se réunissaient pour discuter et apprendre ce que cette personne venait faire à Dakar, d’où elle venait et si elle connaissait déjà quelqu’un sur place.
Par la suite, ils partageaient leur maison, cette personne devenait un membre de leur famille, ils lui donnaient un bout de terrain, voir une maison. Des mariages pouvaient résulter de ces rapprochements et élargir la famille. Le nombre de personnes augmentait et le village devenait une ville.

Les soins traditionnels

Les soins traditionnels, ndeup, c’est le nom du rituel des guérisseurs Lébou.
Quand une personne a des problèmes de santé, ou est hantée par une entité, ils la soignent.
Certains guérisseurs Lébou ont un lien avec la mer et vont soigner la personne touchée par une noyade, un bateau qui coule, tout ce qui touche à la mer. Par exemple = les anciens vont demander à la mer ce qu’elle veut, et elle a parfois besoin de sang où de lait.
Toute la population sort est va par exemple cuisiner le Lakh (prononcer larch) = mil avec du yogourt, et le pose dans des bols sur l’eau qui partent sur la mer. Il se peut qu’ils tuent un bœuf ou un mouton devant la mer, le sang s’écoule dans l’eau. La viande sera offerte à la population.

Les événements pendant l’année

Le premier jour de l’an sur le calendrier musulman, tamkharit en wolof, signifie aussi halloween.
Les Lébous fêtent, le lendemain du tamkharit, le goumbé ou ndaow rabim.
Il y a toute la population qui participent pour danser et chanter, ils viennent en tenue traditionnelle. Les femmes du quartier font une petite tontine.
L’ordre des fêtes : / korité* (fin du Ramadan) / tabaski* (fête du mouton) / tamkharit*. (* en wolof)

Le Goumbé

Le goumbé (du wolof gumbe, Ndaw rabin signifie la même chose que goumbé), est une danse traditionnelle des Lébous elle accompagne généralement les courses de pirogues.
C’est la première communauté à avoir créé les pirogues et à habiter à Dakar. Ces pêcheurs participent avec leur tenue (braderi / cirré / nbasse gué), pour montrer la culture et les traditions des Lébous. Il en existe plusieurs équipes à Dakar.

Les courses de pirogues

Les courses de pirogues se tiennent deux fois par année au Sénégal, dans les différentes villes des Lébous qui habitent près de la mer. Lors de ces courses, les participants sont accompagnés par le goumbé. Au départ de la course et tout le long, ils accompagnent les pirogues en chantant, dansant, quand il y l’appel du départ tout s’arrête pour un instant, ensuite cela continue. Quand le gagnant arrive, il va directement continuer le goumbé, en dansant avec les autres participant de la course.
Chaque quartier a une pirogue de compétition, qui participera aux courses dans les autres villes des Lébous.

Les Tiakabas

Leur histoire : Ndongo Beye connaissait Michel, membre du ballet national du Sénégal.  C’est Michel qui a formé Alioun Mbao aux tiakabas. Ils s’étaient rencontrés pendant un spectacle de Faux-Lion, il avait beaucoup apprécié les prestations d’Alioun Mbao.
Avant les tiakabas, les membres de l’équipe mettaient les lolambés, des pagnes qu’ils nouaient ensemble à l’entrée du village, pour faire savoir qu’il y aurait un spectacle. Il y avait des affiches qui étaient collées partout dans le village environ un mois avant que le spectacle arrive, pour en faire la promotion. 1998/99 marquait les débuts des tiakabas qui faisaient la promotion des spectacles des Faux-Lions et cela existe encore de nos jours.

Ndongo Beye a appris à faire les tiakabas avec des échasses d’un mètre (petites). Quand son apprentissage de marche avec les échasses était terminé, il a formé deux jeunes pour les avoir dans son équipe : Ousmane Sarr et Lamine Sylla, pour son groupe de Faux-Lions. Il formera encore d’autres artistes, car il ne reste plus que Lamine Sylla actuellement.

Les tiakabas doivent sortir dans le village faire la promotion avant neuf heures du matin, car les femmes vont au marché et les écoliers sortent à la récréation. C’est à ce moment qu’il y a le plus de monde. Les tiakabas mettent en hauteur des drapeaux et distribuent les programmes du spectacle, ils mettent des flyers partout. Ils font maintenant partie du spectacle des Faux-Lions, ils sortent avec quatre musiciens pour faire la promotion du spectacle. La difficulté des tiakabas c’est de devoir marcher toujours devant, pas de marche arrière, rester sur place 10 secondes pour suspendre les fanions, flyers, ils se tiennent aux poteaux.

Le Faux-Lion

Signification de la tenue, ses différentes parties

Anciennement, les Faux-Lions utilisaient le raphia qu’ils s’attachaient aux genoux, chevilles et aux biceps. Pour fabriquer le raphia, ils prenaient des sacs de riz, de pommes-de-terre ou d’oignons ils les coupaient en lanières. Ils se mettaient un foulard sur les cheveux pour les cacher ainsi que le neusse pour les attacher. Actuellement, il y a deux différentes tenues. Le Faux-Lion met des grigris pour avoir la force du lion et selon sa croyance ils permettent d’être protégé. Avant chaque représentation de Faux-Lion, Ndongo met toutes ses protections.
Quand il forme des nouveaux Faux-Lions, Ndongo leur fabrique des grigris, pour les faire il utilise des peaux de lion et un morceau de miroir. Ces objets permettent de protéger celui qui les porte. Il ira voir les anciens, qui lui donneront des protections supplémentaires pour les compléter.

Le mbitchbitch

Le mbitchbitch est une tenue de plein air, sans poils ni queue. Elle est en raphia ou en tissu.

Le thioukhoure / seumbeul

C’est la tenue de spectacle qui est faite en poils de queue de vache et de cheval, travaillées à la main puis disposées l’une par-dessus l’autre, agrémentée de cauris, perles, calebasses et petites cornes.
Il y a différents costumes selon les équipes de Faux-Lions

Le neusse


Au milieu du front, il y a le neusse. C’est un grigri fait avec du charbon, du mil, du sel et une gousse d’ail, anciennement, il était produit avec du sang et de la peau de caméléon. Ainsi selon les croyances, les personnes en face ne voyaient pas une, mais plusieurs personnes, c’est soit le marabout ou le Faux-Lion qui préparait le neusse.


Ce qui existe des anciennes traditions de nos jours et leur significations

Le sel : attire les gens vers toi, cela donne du « goût » à ce que tu fais
Le mil : permet d’avoir du public, à mettre sur les lieux du spectacle
Le mil cassé, le sankhal: utilisé pour faire le lakh, mélangé avec du sel et du sucre, à mettre sur les lieux du spectacle, car il qui attire les gens
L’ail : contre le mauvais sort
Le charbon : il protège, c’est une barrière d’invisibilité
Le dakh
Le dakh se met sur la poitrine au milieu du sternum : il protège la peau, car personne ne pourra la percer.Le dakh, est également mis sur le dos, au même niveau, cela fait une sorte de gilet de protection.Chaque village a sa façon d’utiliser son dakh.
Le djadjeyou deun
Le djadjeyou deun est une partie sur la poitrine, en forme de plastron. Elle est faite en cauris (coquillages) cousus sur un tissu. Ce bijou demande énormément de temps de préparation. Il faut polir les cauris jusqu’à ce qu’ils soient plats, afin de pouvoir les coudre. On peut y trouver aussi des cornes, de mouton ou de chèvre. On rajoute de la poudre de feuilles d’arbres, du sel, du charbon et du sable, puis un tissu rouge autour, attaché avec de la popeline.
Le tiakoubath
Est un tour de cou/collier. Il est extrêmement flexible. Il est fait de cauris polis et cousus sur un tissu agrémenté de perles.
Le teigneur
Est le tour de taille, fait en cauris, de petites calebasses et de cornes.
Le djage
Se porte sur les épaules. C’est une pièce utilisée pour le spectacle en queue de vache. C’est Ndongo lui-même qui l’a créé est depuis, tous les Faux-Lions le portent.
Le mbitchbitch
Sur les bras, au niveau du biceps et du poignet, ainsi qu’aux chevilles, il y a le mbitchbitch, un morceau de tissu avec du raphia dessus.
Le tibouloro
Se porte sur les poignets et les mains.

Faux-lions

Le tiboutank
Se met sur la jambe et les chevilles.
Le langal
C’est la queue du Faux-Lion.
Le dos
Sur le dos, le Faux-Lion porte une peau de léopard.

Les dents

Elles sont généralement en plastique, elles ne se mettent pas si le Faux-Lion utilise le feu.

La crinière
Actuellement un morceau de popeline rouge est utilisé par Ndongo, il met le neusse par-dessus à travers le front, puis il met des cauris (coquillages) sur le dessus de la tête. En mettant un bonnet, il coud la fourrure et forme les oreilles. Il y en a de différentes sortes.

Le maquillage
Il y a différents maquillages, chaque Faux-Lion doit avoir une corne, un beidjen, dessinée sur ses joues, ce qui permet de ressembler au lion.
A l’époque, ils utilisaient des arachides qu’ils brûlaient dans un bol jusqu’à qu’elles devenaient toutes noires, avant de les piler en poudre. Cette poudre était appliquée sur le visage, il fallait souffler dessus pour enlever le surplus.
En dernier, ils mettaient un mélange d’ocre rouge et de sucre avec un peu d’eau.
Actuellement, ils prennent des chambres à air qu’ils brûlent et dont ils récupèrent la poudre, ensuite ils utilisent de l’ocre, (dont il existe plusieurs tons de couleurs, jaune, orange, rouge et vert)Ils ont besoin de l’ocre rouge en fine poudre,puis dans une tasse, ils mélangent du sucre, de l’ocre et un peu d’eau. Ce mélange doit coller à la peau, car il y a des risques que cela coule avec la transpiration. Cettepommade” rouge est ensuite posée sur le fond noir déjà appliqué. L’ocre rouge est mélangé avec de l’huile et du sucre, l’ocre jaune et l’ocre noir également avec de l’huile, mais sans sucre.
Certains Faux-Lions préfèrent des maquillages faits avec de la peinture.